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Recherche Avancée

Gunner s Heaven

Section Test.


400 Bad Request Gunner's Heaven
28/04/1995
Edité par Sony Computer Entertainment Inc
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Sortie US non communiquée
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400 Bad Request

Rapid Reload

29/09/1995
Edité par Sony Computer Entertainment Europe
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nginx
Console:
Sony Playstation
Genre:Action
Développeur: Media Vision
Joueurs: Solo uniquement
Existe aussi sur: Playstation Network-

Photo de la boite de Gunner s Heaven
Gunner s Heaven, capture d'écran Gunner s Heaven, capture d'écran Gunner s Heaven, capture d'écran
Connu sous le nom de Rapid Reload dans nos contrées, Gunner's Heaven est un titre...spécial. Je le qualifierai à la fois de « cas d'école » et d' « exception ». Sorti en 1995, il suit de très près la commercialisation de la Playstation...mais n'aura pas l'honneur de fouler le sol des États-Unis (1). Il a également le malheur d'être un titre en 2D à une époque où les gens bavent sur les promesses de 3D, ce qui lui vaudra un accueil pour le moins tiédasse.

Mais Gunner's Heaven, c'est aussi une histoire de modèle, d'inspiration, de maître et de disciple. Et pour finir, une preuve que chercher des informations sur le Net n'est pas une sinécure (c'est pas faux).

Bref, parlons un peu de lui, pour commencer.


Une histoire de légende

Car une légende, si l'on s'en réfère à son étymologie, désigne « ce qui doit être lu », et par extension ce qui mérite d'être lu, où narré. Alors racontons l'histoire du jeu, dans tous les sens du terme.

Axel Sonics et Ruka Hetfield, deux chasseurs de trésors des temps modernes, entendent parler d'un trésor légendaire appelé le Valkyri. Les deux compères s'embarquent donc illico dans une aventure pour retrouver cette pierre de légende. Mais ils auront affaire à forte partie puisqu'un groupe de terroristes, les Pumpkin Heads (ça ne s'invente pas), recherchent eux aussi la Valkyri afin d'asseoir leur domination sur le monde.

Voilà, c'est tout. Oui oui, on s'en fiche, on sait que c'est un prétexte pour tirer sur tout ce qui bouge, nous ne sommes pas dupes après tout. Maintenant, l'histoire du jeu. Pas son scénario cette fois, non : sa genèse. Plus discrète, mais qui mérite, elle aussi, d'être racontée.

Le jeu est issu du studio Media.Vision qui n'était pas du tout connu pour quoi que ce soit à l'époque, mais que les fans les plus assidus de RPG auront reconnu : ils créeront plus tard Wild Arms. On pourrait très bien se contenter de citer le studio et passer à autre chose : de la même manière que le signifiant n'influe pas sur le signifié (l'origine d'un mot n'altère pas sa signification), le fait de savoir qui a réalisé un jeu ne devrait pas rentrer en ligne de compte quant à son appréciation. Mais ça, c'est le point de vue du « joueur », voire de la « clientèle ». D'un point de vue « historique », c'est une donnée nécessaire, d'autant plus que quelque chose titille tout joueur ayant joué sur Megadrive à un certain titre culte. Ce titre, c'est Gunstar Heroes, et comme on le verra plus tard en détail, Gunner's Heaven s'en inspire grandement...jusqu'à la nausée.

Comme le racontait le chroniqueur Stuart Campbell (2), chercher des informations sur un jeu vidéo via le Net est une vraie galère. La majorité des infos ne concerne qu'une infime partie des jeux et supports disponibles, et ces infos sont souvent incomplètes quand elles ne sont pas tout simplement fausses (3). Pour retracer la vie d'un jeu connu, aucun souci ! Mais alors essayez d'écrire sur quelque chose d'un peu plus confidentiel et vous vous demanderez si on a fait de réels progrès... Bref, il est impossible de retracer une généalogie claire de Gunner's Heaven. Pas moyen de savoir si, parmi les gens de Media.Vision, il y a des transfuges de Treasure (ou même de Konami), s'il y a eu partenariat...rien. Le Grand Internet ne nous sera d'aucune utilité. Tant mieux, qu'il aille se faire mettre.

Comptons plutôt sur le gameplay pour nous faire une idée plus claire sur ce qu'est Gunner's Heaven. Les actes seront peut-être plus parlants qu'un arbre généalogique.

Une histoire d'inspiration

Le jeu se présente sous la forme d'un run'n'gun typique. Vous devrez choisir entre Axel et Ruka et partir à l'aventure en défouraillant tout ce qui vit et ne vit pas. La touche Carré est votre touche de tir, vous sautez avec Croix et avec Rond vous pouvez respirer un peu en balançant une bombe, en quantités limitées, pour nettoyer l'écran. Triangle permet de changer d'arme à volonté (l'armement varie selon le personnage choisi), et R2 vous permet de tirer dans les huit directions différentes au prix de votre mobilité, comme dans un Contra en somme. Vous avez aussi accès à un grappin avec L2, mais on se demande ce qu'il fiche là tant il fait figuration...en fait, ce ne sera pas le seul problème...

Vous avez six niveaux à parcourir et il faudra faire parler la poudre pour faire place nette. Le jeu répond plutôt bien et le protagoniste est assez rapide, d'autant qu'on peut effectuer un dash rapide avec Croix et la direction Bas. Mais le soft se révèle somme toute assez ardu à cause des trajectoires des tirs ennemis difficiles à lire.

La première chose dont il va falloir vous préoccuper est le Timer qui, pour une fois, ne signifiera pas votre mort une fois le zéro atteint. Quoique. Il commence vide, et une fois la première capsule de temps récupérée, il se remplira puis diminuera au fil des secondes. Tant qu'il vous reste une seconde au compteur, vos armes seront à pleine puissance et gagneront en force, en vélocité et en amplitude. Mais si vous n'êtes pas assez rapide et que le Timer se vide, vos tirs ne seront que des pets de mouche... Ces fameuses capsules se récupèrent sur les corps de certains ennemis, et elles contiennent plus ou moins de secondes, ce qui vous motivera à vous dépêcher sans quoi votre barre de vie chutera vite sous les assauts adverses. Enfin, inutile d'être aussi rapide...mais on verra ça un peu plus bas.

Il est évident que la première source d'inspiration de Gunner's Heaven est Gunstar Heroes, comme je le disais plus haut, et il paraît impossible de passer à côté des très nombreuses ressemblances. La glissade, la manière qu'ont les protagonistes de s'accrocher aux corniches, les projections (en faisant Carré au corps à corps)... Des passages, voire des niveaux entiers semblent avoir été repris du jeu de Treasure comme le troisième stage et ses rails à grande vitesse. Heureusement qu'ils ne sont pas allés jusqu'à recopier le jeu de l'oie grandeur nature ! On aura tout de même le droit à des stages en jetpack assez sympathiques, histoire de dire qu'on n'a pas affaire à un add-on.

Gunner's Heaven reprend aussi la même structure des niveaux. Un boss de fin de parcours vous attend, bien sûr, mais le tout est découpé en plusieurs sections, et plusieurs mid-boss vous barreront le passage, afin de vous obliger à rester alerte à tout moment. Mais la principale difficulté va être d'avoir constamment une seconde minimum au compteur en arrivant contre eux : en effet, le Timer s'arrête net une fois un combat contre un boss engagé. Je vous garantis que d'arriver à la fin d'un niveau et d'affronter un boss avec des armes qui ne tirent pas plus loin que votre pied, ce n'est pas un destin très héroïque pour un chasseur de trésors.

Bon, on a vu ce que le jeu pouvait proposer et de quoi il s'inspirait. Mais qu'est-ce que ça donne une fois la manette en main ? On y prend du plaisir ?

Quand on marche sur les pas de quelqu'un, on finit par se cogner, ça vous dit quelque chose ?

Une histoire de charme

Premièrement, ce n'est pas que Gunner's Heaven est moche ou à la traîne, même si les teintes ternes de la Playstation ne lui permettent pas de briller sur le plan visuel. En fait, le jeu utilise le moteur de la console pour balancer des explosions et des rotations de sprites à tout va, à un rythme qui aurait fait suffoquer les machines de la génération précédente. Mais il manque cruellement d'identité graphique claire, et se contente de piocher à droite et à gauche dans les animes japonais et les jeux vidéo, Gunstar Heroes en tête, sans jamais faire siennes ses inspirations. Les personnages n'ont aucun charisme et les niveaux sont banals. Même constat pour la bande-son, plate et passe-partout. On jurerait un jeu 16 bits qui, attiré par la nouvelle technologie comme les nuisibles vers la flamme, se serait trompé de console.

En plus, la mise en scène est lacunaire. On est loin des moments de grâce du titre de Treasure avec l'affrontement épique contre la Seven Force ! Aucune phase de jeu ne pousse le joueur à s'extasier, ni ne le force à changer de tactique ou le déstabilise. En fait, le tout est assez banal...

Mais le plus grave vient de son gameplay. Le coup du Timer est bien pensé, mais l'idée est tuée dans l’œuf par un level-design qui n'est pas au point. Dans l'absolu, l'idéal serait que le joueur ressente un stress intense et continu, qu'il ne sache pas avec certitude s'il aura assez de temps pour arriver à plein contre les boss ! Mais dans les faits, soit on arrive avec une bonne quarantaine de secondes d'avance les mains dans les poches, soit on râle (fort!) parce qu'on a passé toute une portion sans la moindre capsule. Bien sûr, le rythme du jeu en pâtit sévèrement, et l'ennui se profile bien vite à l'horizon (4), et ce n'est pas le grappin, sous-exploité, qui rattrapera le coup. En fait, c'est une des nombreuses choses qui semblent avoir été reprises et mises dans un jeu sans aucun esprit de synthèse ou de synergie.

Car le gros problème de Gunner's Heaven se trouve dans son adoration de son modèle, qu'il n'a pas su dépasser. Ne peut-on pas considérer qu'un maître a échoué dans son enseignement si son disciple est incapable de le surpasser ? Même s'il n'est pas question d'enseigner quoi que ce soit ici, il est clair que le jeu de Media.Vision n'a pas le charme de son aîné. En fait, il n'a pas de charme du tout. Il se contente de reprendre les éléments les plus évidents qui ont fait le succès de son maître à penser, mais sans se les approprier et sans comprendre que l'agencement d'éléments est aussi important que les éléments eux-mêmes, un peu comme ces fans de football qui ne voient que les retournés et les têtes plongeantes en ignorant l'importance d'une formation, d'une passe en retrait ou d'un contrôle réussi. Gunner's Heaven est un élève volontaire, mais qui n'a pas étudié en profondeur...

Drôle de jeu que ce Gunner's Heaven dont l'histoire, tel Sebastian dans le film Hollow Man (5), est presque plus intéressante que lui. On a un jeu somme toute sympa, mais fade et assez vite ennuyeux. Il est trop banal et n'arrive pas à reprendre à son propre compte les idées de ses prédécesseurs.

Bref, pas de quoi s'extasier et surtout pas au prix délirant auquel on le trouve de nos jours.

Graphismes : 12/20
Animation : 11/20
Son : 10/20
Maniabilité : 14/20

Intérêt : 11/20



(1)Ce n'est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière. Shenmue 2 dans sa version Dreamcast n'est jamais sorti chez eux, et il a fallu une grosse opération de communication pour que les joueurs américains aient le droit à leur version de Xenoblade, Pandora's Tower et Last Story sur Wii.


(2)Sa chronique est disponible ici. Même si nos conclusions divergent (et divergent, c'est énorme), sa recherche en ce qui concerne la parenté du jeu vaut son pesant de cacahuètes.


(3)Votre serviteur a lui aussi bataillé pour son article sur Chakan. Si l'on en croit Wikipédia, le jeu a été produit par le même studio qui a produit Fifa Soccer...


(4)Chose étrange, un test de Gunstar Heroes du magazine Mega, disponible ici, disait exactement la même chose. Comme quoi, les goûts et les couleurs...


(5)« Let me tell you a little secret. The concept of Sebastian is much more appealing than Sebastian himself. », une réplique culte du film de Verhoeven.




Article publié le 24/05/2013 Jeu testé par Tama