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Castlevania Partie 1


La genèse du projet et les influences


Un article en rapport avec la saga Castlevania
image d'illustration du dossier: Castlevania Partie 1, La genèse du projet et les influences

Un article de Manuwaza

Le Vampire... Créature mystique, déclenchant admiration et mépris, amour et haine, fascination et peur... Cette créature, au cœur de la culture balkanique au cours du dix huitième siècle, arrivera cent ans plus tard dans notre chère Europe Occidentale avec des œuvres littéraires comme The Vampyre de John Polidori (1819), et surtout Bram Stoker, écrivain irlandais, qui inventera la créature vampirique la plus connue de tous les temps en 1897 : Dracula. Ce personnage n'est cependant pas si imaginaire que cela, puisqu'il s'inspire d'un véritable prince de Valachie ayant fait régner la terreur au quinzième siècle, j'ai nommé Vlad Tepes, plus connu sous le nom de Vlad l'empaleur, surnom hérité de sa fâcheuse tendance à planter ses ennemis vaincus sur des pieux en bois... Malgré la popularité de ce « héros » d'un nouveau genre, le jeu vidéo tardera à s'intéresser à cette thématique puisqu'il faudra attendre 1986 pour qu'une firme nommée Konami, nous sorte Akumajou Dracula. Les dirigeants de l'entreprise ne savaient probablement pas que ce titre serait le premier d'une véritable saga, qui continue encore de nos jours à envahir toutes les consoles du marché. Aujourd'hui, c'est sur cette série mythique que je me propose de m'attarder le temps d'un dossier. Embarquez donc avec moi, pour un voyage au bout de l'horreur (et faites gaffe à votre jugulaire...)...

Rappel Sommaire



Partie 1 : La genèse du projet et les influences
Partie 2 : De la fiction à la réalité
Partie 3 : Castlevania fait des émules
Partie 4 : Le concept général/Une trame scénaristique extrêmement riche
Partie 5 : Les différents jeux de la saga : années 80, la genèse
Partie 6 : Les différents jeux de la saga : de 1991 à 1995 : l'avènement du 16 bits
Partie 7 : Les différents jeux de la saga : de 1996 à 2000 : génération 32/64 bits
Partie 8 : Les différents jeux de la saga : de 2001 à 2005 : génération 128 bits
Partie 9 : Les différents jeux de la saga : de 2005 à nos jours : le next-gen
Partie 10 : Les goodies


La genèse du projet.



Tout commence donc en 1986. A cette époque, Konami s'est déjà taillé une réputation positive avec la sortie de Gradius un an plus tôt et cherche de nouvelles directions dans lesquelles faire évoluer sa ludothèque. Les circonstances ayant poussé les développeurs de la firme à se tourner vers le mythe des vampires restent assez floues. Il faut cependant dire que les livres et adaptations cinématographiques suivant cette thématique ont été assez nombreux à sortir dans la seconde moitié du vingtième siècle, dénotant du même coup un certain intérêt du public pour ces créatures aux longues canines. C'est probablement pour surfer sur cette vague déclenchée par Bram Stoker un siècle plus tôt, que nos amis Nippons sortent en 1986 Akumajou Dracula sur le Famicom Disk System, lecteur de disquettes se branchant sur le port d'extension de la 8 bits de Nintendo. Ce jeu sera ensuite porté un mois plus tard sur MSX, pour finalement débarquer sur NES en Europe et aux États Unis. Contrairement à ce que certaines sources semblent penser, c'est donc bel et bien une console Nintendo qui a accueilli en premier cette saga aujourd'hui culte, qui marque la toute première apparition de Dracula dans le monde du jeu vidéo. Cette première apparition sera cependant suivie par beaucoup d'autres, le monstre affrontant la famille Belmont dans une lutte qui durera des siècles (mais nous y reviendrons)...


Les influences



Akumajou Dracula s'appuie sur diverses œuvres et personnes pour créer cet univers gothique à souhait, et pour le moins oppressant.


La littérature anglo-saxonne



La plus évidente de ces influences est sans conteste le roman de Bram Stoker cité plus haut, mettant en scène Jonathan Harker qui, pour sauver sa bien aimée Mina, doit voyager à travers le monde afin de tuer le terrible vampire Dracula. Ce roman a, à l'origine, été écrit sous forme épistolaire (comprenez par là sous la forme d'une correspondance entre plusieurs personnages, narration largement utilisée depuis la Grèce antique). Dracula, alors damné pour avoir renié dieu suite à la mort de son épouse, va sombrer dans le mal et devenir une vile créature, ni morte, ni vivante, se nourrissant de sang humain. Suscitant autant la pitié que la peur, ce vampire est donc un personnage complexe d'un point de vue psychologique, et est basé sur un véritable contraste entre sa propre souffrante et celle qu'il inflige aux autres. Dans la recherche de l'amour perdu, Dracula va enlever Mina, promise de Jonathan Harker, et tenter d'en faire une créature de la nuit. Le jeune homme va alors partir à la poursuite du monstre pour tenter de lever la malédiction, aidé en cela d'Abraham Van Helsing, docteur spécialisé dans la chasse aux vampires, et Quincey Morris, un ami de longue date en provenance directe du Texas. Au delà du personnage même de Dracula, la corrélation entre le livre et la saga Castlevania réside également au niveau de Quincey, qui sera même intégré à la chronologie officielle du jeu. Le livre donnera naissance à de nombreux films, les plus cultes étant ceux mettant en scène Christopher Lee dans le rôle du prince des ténèbres, mais aussi à des pièces de théâtre jouées sur Broadway et mettant en scène Béla Lugosi (qui reprendra d'ailleurs le rôle pour une adaptation cinématographique dans les années 30). J'ai pour ma part un petit faible pour le magnifique film de Francis Ford Coppola, mettant en scène Keanu Reeves et Anthony Hopkins dans leur lutte contre le mal au travers d'une véritable épopée menée de main de maitre par un réalisateur que l'on ne présente plus.


Keanu Reeves et Gary Oldman dans le film de F.F. Coppola



A côté de cela, le soft s'inspire de nombreuses autres œuvres culturelles, notamment dans la conception des boss. On retrouvera ainsi des momies, loups-garou (ces lycanthropes faisant même l'objet d'un épisode entier avec Legacy of Darkness) mais aussi la créature de Frankenstein. Ce roman, publié en 1818 par Mary Shelley, relate les péripéties d'un jeune docteur du nom de Victor Frankenstein ayant pour ambition de défier la mort. Pour ce faire, il finit par assembler des morceaux de cadavres, et grâce à un choc électrique, parvient à donner vie à cet amas de chair morte. Repoussée par son créateur qui lui voue une profonde haine, l'hideuse créature va tenter comme elle le pourra de s'intégrer au monde des humains mais sera irrémédiablement chassée et même traquée par ces derniers. Elle va alors s'adresser à son « père » et lui demander de lui créer une compagne. Victor accepte dans un premier temps, mais désireux d'empêcher cette abomination d'avoir une descendance, il finit par détruire sa création. Sa première créature lui jure alors de transformer sa vie en enfer, et s'exécute en commençant à tuer ses proches les uns après les autres. Sa vie va alors devenir une gigantesque traque, opposant un homme qui a tout perdu à une créature tout aussi désespérée, traque se terminant dans les étendues glacées du nord par la mort de Frankenstein...

Image du monstre de Frankenstein
Le monstre de Frankenstein



La mythologie grecque



Ces messieurs de chez Konami ont également largement puisé dans la mythologie grecque pour constituer leur panel d'ennemis. On retrouvera ainsi tout d'abord le cyclope, géant doté d'un seul et unique œil au beau milieu du front. Le plus connu d'entre eux est sans conteste Polyphème, fils de Poséidon, apparaissant dans l'Odyssée d'Homère. Alors qu'Ulysse et ses compagnons débarquent sur une ile en espérant y trouver de la nourriture, ils se retrouvent dans une grotte emplie de victuailles. Ce qu'ils ne savent cependant pas, c'est qu'ils sont dans la réserve de Polyphème et qu'ils sont le plat de résistance. L'équipage ne devra qu'à la ruse d'Ulysse de se sortir vivant de ce mauvais piège, mais cette mésaventure vaudra à ce dernier la profonde haine de Poséidon qui n'aura de cesse d'essayer de venger son fils.

Seconde créature issue de la mythologie à apparaître dans Castlevania, la Méduse est probablement celle qui y est le plus présente. Beaucoup se souviendront avec frustration de ces saletés de têtes volantes et extrêmement rapides, qui n'ont pas leur pareil pour pétrifier le joueur et le laisser paralysé sur des pics mortels. Cette interprétation de Konami n'est pas si éloignée de la mythologie. Cette belle jeune fille ayant réussi à séduire Poséidon va se voir maudite par Athéna, qui va changer ses cheveux en serpents. En outre, elle est condamnée à ce que tout ce que touche son regard soit instantanément changé en pierre. C'est finalement Persée qui parviendra à la décapiter, et utilisera son regard pour vaincre un monstre envoyé par Poséidon. Il offrira finalement la tête à Athéna...

Le joueur aura également l'occasion de rencontrer le Cerbère, créature à trois têtes gardant l'entrée des Enfers pour le compte d'Hadès. Dans la mythologie, Héraclès (ou Hercules) se verra confier la tâche de capturer la créature, vivante et ce sans utiliser la moindre arme. Cela représentera le dernier des douze travaux...

Image Hercule contre Cerbère
Hercules capture le Cerbère


Au rang des exploits d'Héraclès ayant inspiré Castlevania, on pourrait également citer l'Hydre. Cette créature fantastique dotée de plusieurs têtes affronta en effet le héros de la mythologie dans un combat titanesque au cours duquel chaque tête tranchée donnait naissance à deux nouveaux appendices. Il ne remportera la victoire qu'en cautérisant les cous une fois les têtes tranchées, au moyen de tisons incandescents.

Pour rester dans la mythologie grecque, on peut également souligner la présence du Minotaure. Mi-homme, mi-taureau, il sera terrassé par Thésée, qui parviendra à le tuer et à se sauver du labyrinthe dans lequel il se trouvait (autre inspiration, au passage, le labyrinthe apparaissant dans les opus N64)... En effet, ce dernier recevait chaque année le sacrifice d'une quinzaine de jeunes personnes, afin d'expier le meurtre du fils de Minos perpétré par le roi d'Athènes. Mais Thésée, tiré au sort pour être offert en sacrifice au monstre, sera aidé par la fille de Minos qui tombera amoureuse de lui, lui permettant de contrecarrer son terrible destin...

De même, Perséphone fait une apparition, notamment dans Portrait of Ruin. Dans la mythologie grecque, elle est une jeune fille d'une grande beauté, fille de Zeus et de Demeter et va se faire enlever par Hadès, le seigneur des enfers. Demeter va alors tenter de la libérer, mais Hadès refusera de lui rendre sa fille. L'affaire sera alors portée devant Zeus qui décidera que sa fille passera la moitié de son temps aux enfers en tant que reine, et pourra le reste de l'année revenir sur Terre...


La religion



Outre la mythologie grecque qui est largement représentée dans la saga de Konami, la religion y tient également une place importante. Les décors des jeux, tout d'abord, sont entièrement basés sur un design gothique s'apparentant clairement à l'architecture chrétienne du moyen-âge. De même, de nombreux éléments du décor abordent le thème de la chrétienté, comme des statues de personnages bibliques, ou mêmes des tableaux représentant des scènes du nouveau testament qui font régulièrement leur apparition dans les niveaux de certains jeux. Enfin, l'inventaire des différents héros recèle énormément d'éléments en provenance directe de cette même religion, puisque fioles d'eau bénite et autres croix se côtoieront allègrement dans la besace des membres de la famille Belmont.

Mais au delà de cela, Castlevania fait également référence à d'autres religions ayant existé dans l'histoire de l'humanité. Le vaudou, issu de la culture Africaine et se retrouvant encore de nos jours dans ces contrées ainsi que dans les iles, y tient une part importante puisqu'il ne sera pas rare de rencontrer des zombies inspirés des rites pratiqués lors de cérémonies rituelles. Attention cependant, le vaudou n'est aucunement une religion « négative » dans la réalité. Comme toutes ses comparses, elle est parfois sujette à des dérives mais reste un culte comme un autre, qui s'est même depuis intégré au catholicisme.

De même, les religions d'Amérique latine sont elles aussi abordées. L'exemple le plus flagrant n'est autre que Quetzalcóatl, divinité Aztèque, prenant la forme d'un serpent à plumes qui représente ainsi l'équilibre entre l'air (plumes d'oiseau), la terre (serpent) et l'eau.

Enfin, la trace la plus flagrante de l'influence de la religion sur Castlevania réside dans un personnage présent d'un bout à l'autre de la saga, puisqu'on l'affronte à quasiment chaque épisode : la mort. Représentée comme une créature squelettique armée d'une faux, cette entité également appelée « la faucheuse » est présente dans de nombreuses cultures sous différents patronymes : l'Ankou (Celtes), Anubis (Égypte), Odin (mythologie nordique)... Chaque culture, chaque religion, dispose de sa propre représentation de la Mort et c'est donc tout logiquement que l'on retrouve ce protagoniste de manière récurrente dans toute la saga de Konami.


L'origine du patronyme Belmont



On peut également noter que le nom du clan s'opposant à Dracula dans la version originale n'est autre que Belmondo (Belmont en français). Ce n'était pas la première fois que nos amis Japonais se servaient de ce monstre sacré du cinéma français. En effet, le personnage de Cobra (célèbre manga créé en 1978 par Buichi Terasaw) s'inspirait déjà de notre bébel national, tant dans son aspect physique que dans son comportement. Ici, les développeurs de chez Konami ont carrément repris le nom de l'acteur pour nommer cette famille s'opposant courageusement à Dracula. Ce patronyme sera cependant modifié lors de la sortie américaine du jeu, les traducteurs craignant certainement qu'un amalgame ne soit fait par les joueurs des États Unis où JP Belmondo était beaucoup plus connu qu'au Japon. Ce nom tronqué de Belmont sera repris pour les versions européennes du jeu... A noter que cette origine du nom est une interprétation, et ne constitue en aucun cas une information officielle. Tout au plus de très fortes présomptions...

image jean paul belmondo et cobra



De nombreuses autres œuvres ont influencé la saga Castlevania, et relater toutes ces références mériterait un dossier à part entière. Loin d'être exhaustive, cette liste a pour but de démontrer que les développeurs ont largement puisé dans des œuvres culturelles ayant fait leurs preuves, ce qui a, à n'en pas douter, contribué à créer un univers aussi riche... Mais en plus de ces références culturelles, d'autres parties de l'Histoire ont également influencé les créateurs de la saga...


Rappel Sommaire



Partie 1 : La genèse du projet et les influences
Partie 2 : De la fiction à la réalité
Partie 3 : Castlevania fait des émules
Partie 4 : Le concept général/Une trame scénaristique extrêmement riche
Partie 5 : Les différents jeux de la saga : années 80, la genèse
Partie 6 : Les différents jeux de la saga : de 1991 à 1995 : l'avènement du 16 bits
Partie 7 : Les différents jeux de la saga : de 1996 à 2000 : génération 32/64 bits
Partie 8 : Les différents jeux de la saga : de 2001 à 2005 : génération 128 bits
Partie 9 : Les différents jeux de la saga : de 2005 à nos jours : le next-gen
Partie 10 : Les goodies



Article publié le 07/11/2010

Les commentaires pour cet article avant le 23 février 2014



Posté par Manuwaza le 11/12/2010

Oubli corrigé dans l'intro, merci à toi ;)

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Posté par Ed le 11/12/2010

Au fait, tu n'indiques pas la traduction du mot akumajou (château maléfique, demeure démoniaque) !?

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Posté par Manuwaza le 09/12/2010

Merci, ça me fait vraiment plaisir :)

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Posté par Tanuki le 09/12/2010

hola! attention la grosse tête!!

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Posté par MoAnO le 09/12/2010

Manuwaza qui veut dire en dialecte japonais: Amour du travail bien fait jusque dans les moindre petits coins... ou comment se battre contre l'inculturation (^^)de toute cette jeunesse geekienne qui révise ses cours d'histoire à travers cod... En tout cas bravo! Pour moi qui ne connait pas bien la série, c'est un délice... Allez, tous avec moi: la suite, La suitE, LA suiTE, LA SUITE!!! ;)

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Posté par Manuwaza le 29/11/2010

BoumChaKal : J'y penserais à l'occasion :)

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Posté par Manuwaza le 29/11/2010

Merci, en espérant que la suite te plaira aussi. A noter que le dossier devait être mis en ligne d'un coup à la base, ce qui peut expliquer quelques références à la suite ;)

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Posté par Ed le 28/11/2010

L'amorce de ce dossier est on ne peut plus structuré, intelligente et instructive... du tout bon... rien à redire, si ce n'est: bon "boulot".

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Posté par BoumChaKal le 08/11/2010

Pour les fans de vampire je conseil "Le bal des vampires" (1967) de et avec Polanski ! C'est a la fois un film angoissant et à la fois un film comique. La fin est juste énorme !

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Posté par Gaga le 08/11/2010

Très bonne introduction pour cette série mythique. Vivement la suite !! Un dossier qui a du mordant !!

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Posté par Manuwaza le 08/11/2010

Merci pour vos commentaires, content que ce dossier vous plaise ;)

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Posté par Tanuki le 08/11/2010

Plus complet tu meurs... ou tu t'appelles Konami ^_^

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Posté par Hijaki le 07/11/2010

Ne connaissant pour ma part, pas vraiment cette saga. C'est avec déléctation que je lis ce dossier. ^^ Juste hate de découvrir la suite...

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Posté par SLAINE le 07/11/2010

"Vlad l'empaleur", ça fait un peu film Marc Dorcel non ???? :D.
Je connais un peu l'histoire du vrai personnage ayant inspiré Dracula, ayant eu de nombreuses discussions avec des personnages originaires de cette région du monde, et on peut clairement dire qu'à cette époque ça rigolait pas...
Bref, Castlevania c'est une série que j'aime et que je n'ai pourtant pas suivi dans le détail. Un peu sur nes, sur gameboy ou snes, après j'ai largement décroché pour finalement revenir dessus sur xbox 360 pour mon plus grand plaisir.
En tout cas chapeau pour le boulot, la recherche et la réalisation de ce dossier qui s'annonce riche en information.
Un grand merci

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